Empreinte carbone des modules photovoltaïques en France : exigences PPE2/ECS et points de vigilance pour les EPC
Empreinte carbone des modules photovoltaïques en France : exigences PPE2/ECS et points de vigilance pour les EPC
La performance d’un module photovoltaïque ne se résume plus à sa puissance, son rendement ou sa garantie.

Pour un développeur ou un EPC, cette évolution a une conséquence très concrète : un module techniquement adapté au projet n’est pas nécessairement accompagné des documents carbone correspondant au dispositif réglementaire ou à l’appel d’offres concerné.
Lorsque ce point n’est vérifié qu’après la finalisation du dimensionnement ou de la nomenclature du projet, une modification de module peut entraîner une nouvelle vérification de la configuration électrique, du calepinage, des quantités, du coût du système et parfois du dossier administratif.
L’empreinte carbone doit donc être considérée comme un critère de sélection en amont, et non comme un document à ajouter au dernier moment.
Pourquoi mesurer l’empreinte carbone d’un module photovoltaïque ?
Une installation photovoltaïque produit de l’électricité avec de très faibles émissions directes pendant son fonctionnement. La fabrication des modules nécessite toutefois plusieurs étapes industrielles à forte consommation d’énergie.
La chaîne de production comprend notamment la fabrication du silicium métallurgique et du polysilicium, des lingots et wafers, des cellules photovoltaïques, du verre, des matériaux d’encapsulation, puis l’assemblage final du module.
Deux panneaux présentant une puissance et un rendement similaires peuvent donc avoir des empreintes carbone différentes selon :
- l’origine des matières premières ;
- les sites de fabrication ;
- le mix électrique utilisé pendant la production ;
- l’efficacité des procédés industriels ;
- la quantité de matériaux nécessaire par watt installé.
En France, l’Évaluation Carbone Simplifiée (ECS) permet de quantifier une partie de ces émissions de gaz à effet de serre pour les modules photovoltaïques.
Le résultat est exprimé en kg CO₂ eq/kWc, c’est-à-dire la quantité d’émissions associée à la fabrication d’un kilowatt-crête de modules photovoltaïques.
La méthodologie française prend principalement en compte les étapes de fabrication du module et de ses composants. Le transport jusqu’au site, l’installation, l’utilisation et la fin de vie ne sont pas inclus dans cette ECS.
C’est une distinction importante : l’ECS n’est pas une analyse complète du cycle de vie du produit.
PPE2, ECS et ACV : trois notions à ne pas confondre
Ces termes apparaissent souvent dans les dossiers photovoltaïques français, mais ils ne désignent pas la même chose.
L’ECS est une méthode d’évaluation des émissions associées à la fabrication des modules photovoltaïques.
L’ACV – Analyse du Cycle de Vie, ou LCA en anglais, est une méthodologie environnementale plus large. Selon le périmètre retenu, elle peut prendre en compte les matières premières, la fabrication, le transport, l’utilisation et la fin de vie d’un produit, ainsi que plusieurs catégories d’impacts environnementaux.
Le PPE2, quant à lui, correspond au cadre de programmation énergétique et aux appels d’offres français dans lesquels certaines exigences relatives aux produits photovoltaïques, dont l’évaluation carbone, peuvent être intégrées.
CERTISOLIS indique notamment délivrer les Évaluations Carbone Simplifiées utilisées dans les appels d’offres de la Commission de régulation de l’énergie ainsi que dans le cadre réglementaire français concerné.
ll n’est donc pas correct d’utiliser indifféremment les termes PPE2, ECS et ACV.
Pour un EPC, la question essentielle reste :
quelle méthodologie et quels justificatifs sont demandés pour le projet concerné ?
Les exigences ne sont pas identiques pour tous les projets photovoltaïques
Il n’existe pas un seuil carbone unique applicable à toutes les installations photovoltaïques françaises.
Le cadre dépend notamment de la puissance, du dispositif de soutien utilisé et de la date de la demande.
Pour certaines installations sur bâtiment, hangar ou ombrière relevant du dispositif français jusqu’à 500 kWc, les installations concernées au-delà du seuil réglementaire doivent notamment présenter un bilan carbone inférieur à 740 kg CO₂ eq/kWc selon la méthodologie prévue par le texte applicable. La réglementation ajoute également, pour certaines demandes déposées à compter du 1er juillet 2026, des critères relatifs à la résilience de l’étape de fabrication des modules.
Pour les projets de plus grande taille, les appels d’offres PPE2 constituent un autre cadre.
La douzième période de l’appel d’offres PPE2 « PV Bâtiment », instruite en 2026 par la CRE, concerne ainsi des centrales photovoltaïques sur bâtiments, serres agrivoltaïques, ombrières et ombrières agrivoltaïques d’une puissance supérieure à 500 kWc.
Pour un projet C&I français, il est donc préférable d’éviter une approche du type :
« Le module est inférieur à 740 kg CO₂ eq/kWc, il est donc conforme à tous les projets français. »
Le bon raisonnement consiste d’abord à identifier le dispositif applicable au projet, puis à vérifier les exigences correspondantes.
Pourquoi cette vérification doit-elle intervenir avant le choix définitif du module ?
Dans un projet commercial ou industriel, le choix du module intervient très tôt dans la conception.
Sa puissance détermine en partie le nombre de panneaux nécessaires. Ses dimensions influencent le calepinage de la toiture. Sa tension et son courant interviennent dans le dimensionnement des strings et des onduleurs.
Une modification tardive du produit peut donc avoir des conséquences bien plus larges qu’un simple changement de référence commerciale.
Prenons le cas d’un projet dont la conception a déjà été finalisée autour d’un module donné. Si, lors de la préparation finale du dossier, il apparaît que l’ECS disponible ne couvre pas exactement le produit qui sera livré, l’EPC peut être amené à rechercher une autre référence.
Il faut alors potentiellement revoir :
le nombre de modules, le calepinage, les strings, les paramètres électriques, le BOS, le prix et la documentation du projet.
Sur un projet de plusieurs centaines de kilowatts ou de plusieurs mégawatts, ce changement peut rapidement devenir coûteux.
La vérification carbone est donc plus efficace lorsqu’elle est réalisée en parallèle de la sélection technique du module.
Pour les projets tertiaires et industriels, cette logique peut être intégrée dès l’étude préliminaire du système. Maysun Solar présente également ses différentes approches pour les solutions photovoltaïques destinées aux entreprises.
Un certificat carbone n’est pas nécessairement valable pour tous les modules d’une marque
L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à considérer une ECS comme une certification générale du fabricant.
Or, l’empreinte carbone dépend directement de la configuration du produit et de sa chaîne de fabrication.
La quantité de silicium et de verre utilisée, la structure du module, le site de production des cellules, l’origine des wafers et les autres composants peuvent modifier le résultat.
Il est donc nécessaire de vérifier la correspondance entre :
la référence du module,
la plage de puissance,
les sites de fabrication,
la chaîne d’approvisionnement déclarée,
et le certificat applicable à la période de production.
CERTISOLIS rappelle d’ailleurs que la date de fabrication des modules doit être comprise dans la période de validité du certificat correspondant.
Autrement dit, savoir qu’un fabricant dispose d’une ECS ne suffit pas.
La vraie question est :
le module qui sera effectivement livré pour ce projet est-il couvert par l’évaluation appropriée ?
Le chiffre le plus bas est-il toujours synonyme de meilleur module ?
Un bilan carbone inférieur représente naturellement un avantage lorsqu’un projet comporte un critère de réduction des émissions.
Il ne doit toutefois pas être analysé indépendamment du reste de la conception.
La valeur est exprimée par kilowatt-crête. À structure et quantité de matériaux comparables, une augmentation de la puissance du module peut ainsi réduire la valeur exprimée en kg CO₂ eq/kWc, puisque la quantité de matériaux est rapportée à une puissance installée plus élevée.
Cela ne signifie pas automatiquement qu’un panneau de puissance supérieure est « plus écologique » dans tous les scénarios.
Le choix doit continuer à prendre en compte :
- le rendement ;
- la fiabilité ;
- la dégradation à long terme ;
- la charge admissible de la toiture ;
- le comportement thermique ;
- le format du module ;
- la compatibilité avec le système ;
- et la production énergétique sur l’ensemble de la durée de vie.
Pour les bâtiments industriels où la surface disponible est limitée, les modules à haut rendement peuvent notamment permettre d’installer davantage de puissance sur une même toiture.
Les EPC qui souhaitent approfondir cette partie peuvent également consulter notre présentation des modules photovoltaïques N-TOPCon et de leurs applications C&I.
L’Europe se dirige également vers une mesure plus harmonisée du carbone photovoltaïque
La France fait partie des marchés européens où le lien entre empreinte carbone des modules et mécanismes de soutien est déjà particulièrement visible.
Mais le sujet dépasse progressivement le seul marché français.
En juillet 2025, le Joint Research Centre de la Commission européenne a publié des règles harmonisées proposées pour le calcul de l’empreinte carbone des modules photovoltaïques.
Selon le JRC, ces travaux doivent notamment contribuer aux discussions relatives à de futures exigences d’écoconception pour les panneaux photovoltaïques. Le Centre les présente comme l’une des premières étapes vers d’éventuelles exigences obligatoires d’empreinte carbone au niveau du produit.
Cela ne signifie pas qu’il existe aujourd’hui un seuil PPE2 ou ECS commun à toute l’Union européenne.
Les exigences restent liées aux réglementations nationales, aux appels d’offres, aux critères des investisseurs et aux politiques d’achat des entreprises.
La tendance est néanmoins claire : l’origine des produits, la transparence de la chaîne d’approvisionnement et les émissions associées à leur fabrication prennent une place croissante dans l’évaluation des équipements photovoltaïques.
Pour les EPC qui travaillent sur plusieurs marchés européens, il devient donc utile de considérer les données environnementales au même titre que les certifications électriques et mécaniques traditionnelles.
Quels points vérifier avant de valider un module pour un projet français ?
La vérification carbone ne doit pas nécessairement rendre le processus de sélection plus complexe.
Elle peut être intégrée aux contrôles techniques déjà effectués avant la validation du produit.
Avant de figer la référence d’un module, l’équipe projet doit notamment vérifier que le dispositif réglementaire ou l’appel d’offres concerné est clairement identifié, que la méthodologie carbone demandée correspond au document fourni et que le produit, sa puissance et son site de fabrication sont bien couverts.
La période de production constitue également un élément important lorsque le certificat possède une période de validité définie.
Cette vérification effectuée suffisamment tôt permet d’éviter qu’un problème documentaire ne devienne, quelques semaines plus tard, un problème de conception.
Des données carbone vérifiables pour la sélection des modules
Pour un fabricant photovoltaïque, l’enjeu ne consiste donc pas simplement à présenter un produit comme « bas carbone ».
La valeur réelle pour un EPC vient de la possibilité de relier les données environnementales à une référence, une puissance et une chaîne de fabrication identifiables.
Certains modules N-TOPCon verre-verre Maysun Solar ont ainsi fait l’objet d’une évaluation carbone selon la méthodologie française PPE2_V2. Les séries évaluées dans le document correspondant couvrent des puissances de 485 à 510 W et de 600 à 625 W.
Selon la puissance considérée, les valeurs calculées dans cette évaluation se situent entre environ 650,702 et 686,739 kg CO₂ eq/kWc.

Pour découvrir les différentes solutions disponibles selon la puissance, la technologie et le type d’installation, consultez également la gamme de modules photovoltaïques Maysun Solar.
Anticiper plutôt que corriger en fin de projet
L’empreinte carbone ajoute une nouvelle dimension à la sélection des modules photovoltaïques, mais elle ne doit pas être considérée comme une contrainte isolée.
Dans un projet bien préparé, elle rejoint simplement les autres critères déjà vérifiés par l’EPC : performances électriques, certifications, fiabilité mécanique, garantie, compatibilité système et disponibilité du produit.
La principale différence est qu’une donnée carbone ne peut pas toujours être généralisée à l’ensemble des produits d’un fabricant.
La bonne référence, le bon site de fabrication et le bon document doivent correspondre au projet réel.
En France, où l’ECS est déjà intégrée à plusieurs mécanismes photovoltaïques, cette vérification en amont peut contribuer à réduire les risques de modification tardive du BOM, de dossier incomplet ou de sélection d’un produit non adapté au dispositif concerné.
À mesure que les critères environnementaux prennent davantage de place dans la filière photovoltaïque européenne, cette approche devrait également devenir un élément de plus en plus naturel du travail des développeurs et des EPC.
Sources / Références
CERTISOLIS — Bilan carbone : Évaluation Carbone Simplifiée des modules photovoltaïques
https://www.certisolis.com/certisolis/bilan-carbone/
Légifrance — Arrêté du 6 octobre 2021 relatif aux installations photovoltaïques sur bâtiment, hangar ou ombrière
https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000044173060/
Légifrance — Arrêté du 26 mars 2025 modifiant les conditions d’achat de l’électricité photovoltaïque
https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFARTI000051380920
Commission de régulation de l’énergie — 12e période de l’appel d’offres PPE2 PV Bâtiment
https://www.cre.fr/documents/deliberations/instruction-des-dossiers-de-candidature-12e-periode-de-lao-realisation-et-exploitation-dinstallations-de-production-delectricite-a-partir-de-lenergie-solaire-centrales-sur-bat-serres-agriv-ombrieres-et-ombrieres-agrivoltaiques-de-puissance-sup-a-500-kwc.html
Centre commun de recherche de la Commission européenne — Nouvelles règles pour l’évaluation de l’empreinte carbone des panneaux photovoltaïques
https://joint-research-centre.ec.europa.eu/jrc-news-and-updates/photovoltaic-panels-new-rules-assessment-carbon-footprint-2025-07-07_en

